Sidérugie

undefined Soudain surgit au bout de la rue une gigantesque forteresse noire crachant une épaisse fumée vers le ciel. A peine entré dans Gandrange, impossible d'échapper à l'usine ArcelorMittal. « Presque toutes les maisons ont vue sur elle. Ça pose parfois des problèmes de bruit », relève Michel Bigarré, maire de ce bourg de 2 600 âmes niché dans la vallée de l'Orne. Mais, depuis une semaine, il a d'autres soucis en tête. « Je vais devoir prendre des mesures impopulaires et réduire notre train de vie », prévient-il. Et pour cause : l'usine est - si l'on peut dire - le poumon économique de sa commune. Sur les 2,5 millions d'euros de taxe professionnelle, 1,8 million provient du site. « Pire, toute notre activité économique en dépend. On a bien développé un tissu de PME, mais cela ne va pas suffire pour compenser », concède-t-il.

« On est au bord d'une crise sociale gravissime »

Gandrange, mais aussi Amnéville, Richemont,... toutes les municipalités alentour vivent de cette industrie. Du coup, sans trop d'illusions quand même, les élus attendent le plan que vont préparer d'ici six semaines les syndicats pour sauver l'usine. En début d'après-midi, ils ont rendez-vous avec un cabinet d'experts chargé d'évaluer le coût des investissements. Car tous rejettent en bloc le plan de la direction qui prévoit le reclassement de plus de la moitié des salariés.

« C'est du pipeau ! Ils veulent en envoyer à l'usine de Florange, mais les profils ne correspondent pas, s'insurge Patrick Auzanneau, représentant national CFDT. Dans cette histoire, on oublie aussi les intérimaires et tous les sous-traitants. » Malgré les promesses du groupe, tous craignent de voir, à terme, l'usine fermer. Définitivement. « Comment pourra-t-elle fonctionner si on isole le laminoir à couronnes et à barres, sans train à billettes ? Les coûts de production vont forcément grimper si on fait venir les billettes à 350 km de là. Ce système me semble difficilement rentable », estime Alain Grenaut, ancien directeur général du site.

«On est au bord d'une crise sociale gravissime, prévient Michel Liebgott, député PS de Moselle et président du groupe sidérurgie à l'Assemblée nationale. Si l'usine ferme, je crains l'effet domino. Alors, la moitié de la population sera dans la misère la plus totale». D'autant que la région peut difficilement envisager une reconversion vers d'autres secteurs, notamment le tertiaire. En effet, elle cumule deux handicaps. A une trentaine de kilomètres, le Luxembourg et ses avantages fiscaux attirent tous les entrepreneurs. Quant à installer de nouvelles industries, le coût exorbitant des travaux de dépollution que réclame l'état des sous-sols refroidit les plus audacieux.

Lakshmi-Mittal.jpg Monsieur le Président Directeur Général,
Après les rumeurs de la semaine passée, ce mercredi, au cours d'un Comité d'Entreprise extraordinaire, votre groupe a annoncé la suppression de près de 600 emplois au sein de l'usine de Gandrange en Moselle. Ce plan serait mis en oeuvre au plus tard lors du premier semestre 2009. En fermant l'aciérie, la coulée continue et le train à  billette, c'est une grande partie de cette usine, fer de lance de la  lorraine sidérurgique, que vous condamnez.
Pourtant, les organisations syndicales, les salariés, les élus  locaux et nationaux, les experts concernés, comme l'ancien directeur du site, désormais à la retraite, sont convaincus de la viabilité de ce site. Tous disent la nécessité  de mettre en place un moratoire pour trouver une solution technique  et organisationnelle à des difficultés probablement conjoncturelles, alors que le marché de l'acier est favorable et beaucoup moins  erratique que par le passé.
Donner du temps permettrait d'étudier des scenarii alternatifs, de regarder l'avenir de ce site, qui n'a que trop souffert de choix parfois peu judicieux (la renégociation des contrats d'approvisionnement  électrique notamment), sous un angle différent.
Cela passe d'abord par la réalisation d'investissements structurels minimaux. Il ne s'agit plus de colmater les brèches, de réparer  l'existant, de faire l'entretien courant, mais bien d'utiliser  pleinement les possibilités de ce site, qui n'est pas exploité au  mieux de ses capacités techniques. Mais pour cela il faut que des  réorientations de production soient opérées, notamment vers les  aciers longs de qualité comme cela a été fait en 2004, selon l’ancien directeur.
Ensuite, il faut remédier à l'absence d'anticipation de la  direction de l'aciérie en matière de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences. Ainsi, en seulement dix-huit mois, dans le cadre des dispositifs de la Loi FILLON, sont partis en retraite  près du tiers du personnel de l'usine. La transmission du  savoir-faire des anciens aux jeunes embauchés n'a donc pu se faire  dans des conditions optimales.
Vous le savez, il faut près de deux ans de  formation à un nouvel embauché pour acquérir l'expérience  suffisante. Selon les informations fournies, en 2006, l'entreprise a  accusé un déficit de près de 30 millions d'euros. Pour 2007, la prévision  est de 36 millions d'euros.
D'après un chiffrage approximatif, établi par le syndicat CFDT sur  la base du rapport réalisé par le cabinet d'experts SYNDEX, le  manque à gagner, en raison de la seule inexpérience des derniers embauchés, atteindrait près de 170 millions d'euros. Il semble véritablement indispensable de pratiquer une mise à niveau  des jeunes embauchés afin de mettre fin aux pertes engendrées par  leur inexpérience. Pour cela, il faut faire appel à une  formation extérieure et/ou à l'expérience des anciens dans le cadre  de missions de formation.
Les résultats financiers de votre groupe et une bonne conjoncture  permettent d'envisager une telle solution. Cette opération nécessite le concours de divers acteurs extérieurs : l'Etat et  la Région Lorraine. La mise en oeuvre urgente d'une table ronde  réunissant tous les intervenants dans ce dossier, l'Etat, la Région,  la Direction d'ArcelorMittal et les organisations syndicales, nous  parait donc plus que nécessaire.
C'est en ce sens que nous avons d'ailleurs saisi le Préfet de la  Région Lorraine, par un courrier daté du 15 janvier 2008. Le Préfet  vient d'ailleurs de nous inviter à une première réunion le 21 janvier prochain. Nous avons également saisi le gouvernement lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale sur l'avenir de la sidérurgie en Lorraine et en France. 
Le Directeur Général d'ArcelorMittal France, Daniel SOURY-LAVERGNE  que nous avons rencontré à sa demande en début de semaine, a indiqué  que cette restructuration ne se traduirait pas par des «  licenciements secs ». Les salariés seraient soit reclassés en interne à  l'usine, en l'espèce au Laminoir à Couronnes et à Barres (LCB), soit feraient l'objet de nouvelles mesures d'âges dont on sait combien  elles sont fragilisantes pour le transfert des savoirs (200  salariés) soit enfin auraient des reclassements sur les sites du groupe à Florange, au Luxembourg ou ailleurs en France. Etrange coïncidence d'ailleurs que cette nouvelle abondance d'emplois sidérurgiques dans un espace géographique aussi proche de Gandrange. Les salariés, notamment luxembourgeois, en sont eux-mêmes surpris.
Désormais, compte tendu des annonces dont nous réfutons les justifications, ce sont donc des pertes massives d'emplois,  notamment dans la sous-traitance, qu'il faut craindre. Bref, derechef une perte d’activité économique dans le bassin de vie alors que de l’autre côté de la frontière, en Allemagne et au Grand Duché de Luxembourg, le dynamisme économique demeure toujours favorablement orienté.
Nous ne pouvons accepter cet empressement alors que des solutions  alternatives existent et méritent d'être étudiées pour sauver  Gandrange et poursuivre le développement des autres sites lorrains,  notamment ArcelorMittal Florange. Compte tenu de la conjoncture, on  aurait pu obtenir, pour la première fois depuis de nombreuses  années, une création nette d'emplois dans le domaine sidérurgique,  industrie ô combien stratégique en Lorraine et dans tous le bassin  transfrontalier, mais aussi cruciale pour l'indépendance économique de la France.
Vous réitérant notre souhait du gel de cette décision, que nous estimons injustifiée et hâtive,
Nous vous prions de croire, Monsieur le Président Directeur Général, en l'expression de notre très haute considération
Michel LIEBGOTT et Aurélie FILIPPETTI

liebgott-aur--.jpg AFP - Les syndicats d'ArcelorMittal et les élus locaux ont demandé lundi à Nicolas Sarkozy d'exiger du patron du géant mondial de l'acier, Lakshmi Mittal, un "gel" des suppressions d'emplois envisagées Gandrange (Moselle), a-t-on appris de source parlementaire.
"Ce gel est nécessaire pour permettre aux organisations syndicales de présenter un +contre-projet industriel et social+ destiné à sauver l'usine", a précisé Michel Liebgott, député (PS) de la 10e circonscription de la Moselle, à l'issue d'une table ronde à laquelle ont participé, à la préfecture de Lorraine à Metz, les syndicats, les élus et la direction France d'ArcelorMittal.
"Le préfet de région, Bernard Niquet, a indiqué qu'il ferait remonter notre demande à la présidence de la République", a ajouté M. Liebgott.
A Paris, le secrétaire d'Etat aux entreprises, Hervé Novelli, a annoncé lundi que M. Mittal devrait être reçu prochainement par le chef de l'Etat ou par le Premier ministre, François Fillon.
"M. Mittal rencontrera très certainement au plus haut niveau de l'Etat dans les jours qui viennent soit le Premier ministre soit le président de la République, qui je vous le rappelle se rend dans quelques jours en Inde", a déclaré M. Novelli sur RTL.
ArcelorMittal a annoncé mercredi son intention de supprimer, d'ici à avril 2009, 595 des 1.108 emplois dans son aciérie de Gandrange (Moselle). Le groupe s'est engagé à les reclasser dans son unité de Florange (Moselle) et au Luxembourg.
Interrogé vendredi sur ces suppressions d'emplois, M. Sarkozy avait déclaré qu'"un certain nombre de décisions" seraient prises prochainement. Le "contre-projet" des syndicats doit proposer des solutions alternatives crédibles et chiffrées au plan de réorganisation annoncé par la direction.

h-9-ill-1000271-arcelormittal.jpg Nouveau coup dur dans la sidérurgie lorraine. ArcelorMittal a présenté, mercredi 16 janvier, un "projet de réorganisation" de son usine à Gandrange (Moselle), qui prévoit la suppression de 595 emplois sur 1029 d'ici à 2009. Ces mesures d'économie ne constituent pas une surprise dans la mesure où la CFDT avait indiqué, une semaine plus tôt, sur la base d'"une rumeur persistante", que 700 emplois étaient menacés. Mais l'émotion n'en a pas moins été vive au sein de l'établissement. Des "salariés en colère" ont fait irruption dans la salle où s'était réuni le comité d'entreprise pour prendre connaissance du plan de restructuration, selon Pierre Sutter, délégué syndical CFE-CGC. Dans la nuit de mardi à mercredi, une grève avait été lancée.
Pour ArcelorMittal, cette "réorganisation" s'impose compte tenu des pertes enregistrées à Gandrange : 36 millions d'euros en 2007, d'après les estimations d'un porte-parole du groupe. Le leader mondial de la sidérurgie a donc décidé d'arrêter "l'aciérie et le train à billettes". Seul le "laminoir à couronnes et à barres" sera maintenu en activité. Les personnels touchés par les compressions d'effectifs se verront proposer un reclassement dans d'autres établissements du groupe, à Florange (Moselle) et au Luxembourg.

MORATOIRE

Cette annonce est "lamentable, insultante", commente Edouard Martin, représentant CFDT au comité d'entreprise européen. D'après lui, les difficultés de l'entreprise sont, en grande partie, imputables à la direction : investissements insuffisants, formation défaillante des nouvelles recrues, surcoût de plusieurs dizaines de millions d'euros à la suite du changement de fournisseur d'électricité… Les syndicats considèrent que l'entreprise est "viable", pour peu qu'ArcelorMittal consente à y injecter un peu d'argent. Ils ont demandé un "moratoire" sur le projet de réorganisation. Mercredi, les députés socialistes de Moselle, Michel Liebgott et Aurélie Filippetti, ont, eux aussi, réclamé "le gel" des annonces faites par le numéro un mondial de la sidérurgie. Prenant la parole lors de la séance des questions au gouvernement, le secrétaire d'Etat chargé des entreprises, Hervé Novelli, a indiqué qu'il attendait "de la direction un plan de revitalisation locale à la hauteur des enjeux". "Je suivrai personnellement son avancement afin qu'aucun salarié ne reste sur le carreau", a-t-il promis.

Pour soutenir l'action des organisations syndicales et des salariés, n'hésitez pas à aller sur le site "ENSEMBLE POUR GANDRANGE":
http://www.ensemblepourgandrange.blogspot.com/

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