Monsieur le Président Directeur Général,
Après les rumeurs de
la semaine passée, ce mercredi, au cours d'un Comité d'Entreprise extraordinaire, votre groupe a annoncé la suppression de près de 600 emplois au sein de l'usine de Gandrange en Moselle. Ce plan
serait mis en oeuvre au plus tard lors du premier semestre 2009. En fermant l'aciérie, la coulée continue et le train à billette, c'est une grande
partie de cette usine, fer de lance de la lorraine sidérurgique, que vous condamnez.
Pourtant, les organisations syndicales, les salariés, les élus locaux et nationaux, les experts concernés, comme l'ancien directeur du site,
désormais à la retraite, sont convaincus de la viabilité de ce site. Tous disent la nécessité de mettre en place un moratoire pour trouver une
solution technique et organisationnelle à des difficultés probablement conjoncturelles, alors que le marché de l'acier est favorable et beaucoup
moins erratique que par le passé.
Donner du temps permettrait d'étudier des scenarii
alternatifs, de regarder l'avenir de ce site, qui n'a que trop souffert de choix parfois peu judicieux (la renégociation des contrats d'approvisionnement électrique notamment), sous un angle différent.
Cela passe d'abord par la réalisation
d'investissements structurels minimaux. Il ne s'agit plus de colmater les brèches, de réparer l'existant, de faire l'entretien courant, mais bien
d'utiliser pleinement les possibilités de ce site, qui n'est pas exploité au mieux de ses capacités
techniques. Mais pour cela il faut que des réorientations de production soient opérées, notamment vers les aciers longs de qualité comme cela a été fait en 2004, selon l’ancien directeur.
Ensuite, il
faut remédier à l'absence d'anticipation de la direction de l'aciérie en matière de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences. Ainsi, en
seulement dix-huit mois, dans le cadre des dispositifs de la Loi FILLON, sont partis en retraite près du tiers du personnel de l'usine. La
transmission du savoir-faire des anciens aux jeunes embauchés n'a donc pu se faire dans des conditions
optimales.
Vous le savez, il faut près de deux ans de formation à un nouvel embauché
pour acquérir l'expérience suffisante. Selon les informations fournies, en 2006, l'entreprise a accusé un
déficit de près de 30 millions d'euros. Pour 2007, la prévision est de 36 millions d'euros.
D'après un chiffrage approximatif, établi par le syndicat CFDT sur la base du rapport réalisé par le cabinet
d'experts SYNDEX, le manque à gagner, en raison de la seule inexpérience des derniers embauchés, atteindrait près de 170 millions d'euros. Il semble
véritablement indispensable de pratiquer une mise à niveau des jeunes embauchés afin de mettre fin aux pertes engendrées par leur inexpérience. Pour cela, il faut faire appel à une formation extérieure et/ou à l'expérience des anciens dans
le cadre de missions de formation.
Les résultats financiers de votre groupe et une
bonne conjoncture permettent d'envisager une telle solution. Cette opération nécessite le concours de divers acteurs extérieurs : l'Etat
et la Région Lorraine. La mise en oeuvre urgente d'une table ronde réunissant tous les intervenants dans
ce dossier, l'Etat, la Région, la Direction d'ArcelorMittal et les organisations syndicales, nous parait
donc plus que nécessaire.
C'est en ce sens que nous avons d'ailleurs saisi le Préfet de la Région Lorraine, par un courrier daté du 15 janvier 2008. Le Préfet vient d'ailleurs de nous inviter à une première
réunion le 21 janvier prochain. Nous avons également saisi le gouvernement lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale sur l'avenir de la sidérurgie en Lorraine et en
France.
Le Directeur Général d'ArcelorMittal France, Daniel SOURY-LAVERGNE que
nous avons rencontré à sa demande en début de semaine, a indiqué que cette restructuration ne se traduirait pas par des « licenciements secs ». Les salariés seraient soit reclassés en interne à l'usine, en l'espèce au Laminoir à Couronnes
et à Barres (LCB), soit feraient l'objet de nouvelles mesures d'âges dont on sait combien elles sont fragilisantes pour le transfert des savoirs
(200 salariés) soit enfin auraient des reclassements sur les sites du groupe à Florange, au Luxembourg ou ailleurs en France. Etrange coïncidence
d'ailleurs que cette nouvelle abondance d'emplois sidérurgiques dans un espace géographique aussi proche de Gandrange. Les salariés, notamment luxembourgeois, en sont eux-mêmes
surpris.
Désormais, compte tendu des annonces dont nous réfutons les justifications, ce sont donc des pertes massives
d'emplois, notamment dans la sous-traitance, qu'il faut craindre. Bref, derechef une perte d’activité économique dans le bassin de vie alors que de
l’autre côté de la frontière, en Allemagne et au Grand Duché de Luxembourg, le dynamisme économique demeure toujours favorablement orienté.
Nous ne pouvons accepter cet empressement alors que des solutions alternatives existent et méritent d'être étudiées pour
sauver Gandrange et poursuivre le développement des autres sites lorrains, notamment ArcelorMittal
Florange. Compte tenu de la conjoncture, on aurait pu obtenir, pour la première fois depuis de nombreuses
années, une création nette d'emplois dans le domaine sidérurgique, industrie ô combien stratégique en Lorraine et dans tous le bassin transfrontalier, mais aussi cruciale pour l'indépendance économique de la France.
Vous réitérant notre souhait du gel
de cette décision, que nous estimons injustifiée et hâtive, Nous vous prions de croire,
Monsieur le Président Directeur Général, en l'expression de notre très haute considération
Michel LIEBGOTT et Aurélie FILIPPETTI
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