Partager l'article ! Colloque Sortir de la Crise avec François HOLLANDE: J’ai participé hier matin à Paris, à la Maison de l’Amérique Latine ...
J’ai participé hier matin à Paris, à la Maison de l’Amérique Latine, au colloque « Sortir de la Crise » organisé par François HOLLANDE en présence de nombreux
économistes de renom, parmi lesquels notamment Elie COHEN (CNRS), Philippe AGHION (Harvard), mais aussi plusieurs élus des territoires.
Il ressort de ces échanges que les remèdes à cette crise inédite quant à sa durée et à son périmètre géographique circonscrit à l’Europe, aux Etats-Unis et au Japon, devraient être envisagés au double niveau européen et national.
A l’échelle de l’Europe, il faut aller bien plus loin que ce qui a été fait jusqu’ici. Comme l’a rappelé François HOLLANDE hier, « la France a une responsabilité particulière, parce qu’elle est un des pays fondateurs de la zone, un des pays les plus forts économique en Europe avec l’Allemagne, un pays qui peut avoir la solution pour mettre fin à cette instabilité ». Mais bien peu de choses ont été réalisées à ce jour. Le Fonds de Stabilité Financière n’est toujours pas opérationnel, la gouvernance européenne évoquée lors du récent sommet franco-allemand n’est qu’un feu de paille. En réalité, le rôle et l’instrument que doit avoir à sa disposition une autorité en Europe, ce sont les Eurobonds ou les euro-obligations lesquelles devront être liés à des dispositions strictes concernant la politique budgétaire et financière des États de l'Union européenne. La France doit elle-même être convaincue de l’intérêt de cet instrument pour espérer que l’Allemagne le fasse sien.
A l’échelle de la France, la sortie de crise a selon nous pour conditions le maintien d’une croissance élevée qui passe par une politique de formation et d’éducation active, de la vertu budgétaire, une réforme fiscale structurelle globale et enfin sans doute un troisième acte de décentralisation.
Croissance d’abord car sans augmentation du PIB rien n’est possible. Sans création de richesses pas de redistribution envisageable mais également par voie de conséquence pas d’équilibre des finances publiques. La priorité pour renouer avec la croissance doit aller à la production et à la qualification. Production en accentuant le soutien de l’Etat non pas aux mastodontes du CAC 40 mais bien au tissu de PMI/PME qui fait la réussite du modèle économique allemand. Et surtout qualification initiale de qualité et formation tout au long de la vie renforcée pour mieux armer notre capital humain face à une concurrence internationale toujours plus marquée. Aujourd’hui, le piètre classement des universités françaises à l’échelle internationale comme les conclusions du programme PISA réalisé par l’OCDE, montrent que avons besoin d’un véritable Grenelle de l’Education.
Vertu budgétaire ensuite car la dette de l’Etat atteint des niveaux inquiétants. Ainsi, depuis 2002, et la succession des politiques d’exonérations des gouvernements UMP, celle-ci a doublé
passant de 900 milliards à 1800 milliards d’euros aujourd’hui, soit un peu plus de 85% du PIB, chiffre inédit dans l’histoire économique de notre pays. Il faudra donc désendetter notre pays mais
pas par des coupes sombres et aveugles dans le budget de l’Etat au risque de casser la croissance et de déstructurer plus encore nos services publiques (Ecole, Santé, Sécurité). Il sera certes
nécessaire d’être vigilant quant à la dépense publique mais plus encore de retrouver dans les caisses de l’Etat tous les cadeaux fiscaux accumulés.
Pour cela, il sera impératif d’engager une réforme fiscale globale, juste et acceptée en tant que facteur de cohésion sociale, avec notamment la création d’une nouvelle tranche d’imposition et l’élargissement d’une assiette unique pour l’impôt sur le revenu et la CSG en y intégrant donc les revenus du capital. Les annonces du Premier Ministre (qui au passage a revu à la baisse les prévisions de croissance pour 2011 et 2012) d’un plan d’économie d’un milliard d’euros dès cette année et de 12 milliards pour l’exercice 2012 (coup de rabot sur les niches fiscales, contribution de 3% du Revenu Fiscal de Référence pour les revenus annuels supérieurs à 500.000 €…) relèvent à mon sens du kit de survie avant la présidentielle mais ne répondent en rien aux enjeux du présent et de l’avenir.
Elles viennent surtout confirmer les renoncements de ce Gouvernement qui aura décidément détricoté toute la loi TEPA, y compris désormais la défiscalisation des heures supplémentaires, outil législatif du fameux travailler plus pour gagner plus. Un véritable aveu d’échec.
Enfin, de l’avis de tous, sortir de la crise passera également par un renforcement de la décentralisation. Les collectivités locales, communes, intercommunalités, départements et régions, représentent plus de 70% de l’investissement public dans notre pays. Elles sont donc les vrais moteurs de l’activité économique dans les territoires. Au plus près du quotidien, elles constituent un lien, une courroie de transmission citoyenne et économique qu’il ne faut pas briser comme a malheureusement commencé de le faire ce Gouvernement avec la réforme territoriale. Il faut au contraire le renforcer.
Michel LIEBGOTT
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