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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 11:38

Florange-usine-potager_articlephoto.jpgLes silhouettes noires des gendarmes mobiles se dessinent derrière les bosquets. Une centaine de ­sidérurgistes entonnent « La Marseillaise ». Depuis 5 heures ce matin, ils ­occupent, non loin de Florange, les voies de la gare d’Ebange, propriété de leur employeur ArcelorMittal, où circulent les trains remplis de bobines d’acier. L’un porte un casque sur lequel il a écrit « Full Mittal Racket », un autre a revêtu une cape argentée, uniforme de ceux qui travaillent au « chaud », la phase liquide de la production. Les ­manifestants ont déplacé des bancs pour bloquer les rails voisins du TGV Est. A 13 heures, encerclés par les gendarmes, les ouvriers se laissent évacuer. Certains, prêts à en découdre, ont ­ramassé les gros graviers du ballast. Ils les garderont dans leurs poches.

Les syndicats ont promis que ­Florange serait « le cauchemar du gouvernement » si les deux hauts-fourneaux ne redémarraient pas. Plus aucune fumée, plus aucune odeur âcre ne sort des cheminées des P3 et P6, gigantesques araignées d’acier noir paralysées depuis le 1er juillet et le 4 octobre 2011. C’étaient les deux derniers en activité en Lorraine. Ils ne sont pas encore condamnés, mais la direction d’ArcelorMittal a annoncé leur redémarrage au second semestre, uniquement en cas de reprise économique. Les vallées de la Fensch et de l’Orne ont compté jusqu’à 300 hauts-­fourneaux. Les sidérurgistes le savent, la période électorale leur est propice. Alors, chaque semaine, ils font parler d’eux. Il y a plus de trente ans, masqués, les ouvriers de Longwy, à 40 kilomètres de Florange, déboulonnaient les rails, protestant contre les licenciements dans une sidérurgie ­nationalisée. Eux aussi étaient « montés » à Paris. Eux aussi avaient déployé un grand SOS lumineux, comme l’ont fait les ouvriers de 2012 en haut de la côte des vignes, sous les bras protecteurs de Notre-Dame de Hayange. ­Aujourd’hui s’écrit le dernier chapitre de la sidérurgie lorraine.

L’avant-dernier pourrait s’intituler « Gandrange ». Personne n’a oublié cette commune située à 8 kilomètres de Florange, son aciérie fermée le 31 mars 2009 et ses 571 emplois supprimés. ­Personne n’a oublié les promesses de Nicolas Sarkozy qui, devant les ouvriers, jurait de faire prendre en charge par l’Etat « tout ou partie des investissements ­nécessaires » pour maintenir l’aciérie en activité et insistait : « Ce qui se joue, ça va au-delà de l’acier, au-delà de la Lorraine. Ce qui se joue, c’est la présence d’usines sur le territoire. » Gandrange et son immense carcasse métallique abandonnée sont devenus le symbole de l’échec d’une politique et les candidats à la présidentielle s’y sont recueillis, de Nicolas Dupont-­Aignan à François Hollande. Personne n’a oublié, encore moins les salariés reclassés de Gandrage à Florange. Comme Patricia, 46 ans, gestionnaire de commandes. « Sarkozy ne peut rien contre Mittal, dont la stratégie est toute faite : fermer les usines européennes pour en ouvrir dans les pays en développement. Si Florange ferme, je devrai quitter la vallée. Ici, c’est la misère. »

Ou Sébastien Schauffelberger, 31 ans, syndiqué à la CGT : « Quand je suis arrivé à Gandrange, c’était “Germinal”. La poussière, le bruit, on ne voyait pas le soleil... Certains intérimaires rendaient leur bleu au bout d’une heure de travail. J’ai commencé fondeur, à deux mètres du four électrique. Mais on était solidaires, toujours prêts à donner un coup de main. L’évolution de carrière ne ­posait aucun problème. Au bout de six mois, j’avais un CDI. J’ai cru Sarkozy. Que le chef de l’Etat descende de sa tour d’ivoire pour nous voir, nous, pauvres ouvriers ! On ne sait pas où l’on va. Si ­Mittal me propose un reclassement à Fos-sur-Mer ou à Dunkerque, je ne partirai pas. Je ne veux pas voir mon fils qu’une fois par mois. »

Cette dernière crise, la plus grave depuis les années 30, a terrassé la ­Lorraine où Eric Pierrat a été nommé commissaire à la réindustrialisation en 2009 : « Dans le bassin de Thionville, le taux de chômage a crû de 25 % en 2009. L’important, c’est de ne pas laisser les compétences disparaître. » Un emploi sur dix perdu en France depuis 2008 l’a été en Lorraine. Michel Liebgott, ­député maire socialiste de Fameck, confirme : « Au début du XXe siècle, 100 000 personnes travaillaient dans les mines en Moselle. Aujourd’hui, la sidérurgie emploie 6 000 personnes. » Avant, sous le patronage de la dynastie Wendel, établie à Hayange en 1704, les mines et les usines étaient la vallée et la vallée était les mines et les usines. Ecoles, gymnases, hôpitaux, Sécurité sociale, orchestres, banques, épiceries, églises, logements… Derrière chaque geste de la vie quotidienne planait l’ombre des maîtres de forges. La vallée paie aujourd’hui le prix de cette politique mono-industrielle.

« Les maîtres de forges voulaient que personne ne vienne concurrencer leur politique ­salariale. Ils étaient propriétaires de quasiment tous les terrains, alors ils ont bloqué les installations, poursuit Michel Liebgott. Restructuration après ­restructuration, tout a été rétrocédé aux communes. Hayange se retrouve avec six ou sept terrains de foot à entretenir ! » Les cafés du centre-ville, dont les comptoirs couverts de verres remplis de schnaps attendaient les ouvriers au petit matin, ont baissé le rideau. Comme les boucheries et les épiceries, remplacées par les discounteurs Aldi ou Lidl. Les commerçants sont partis, laissant des rues délabrées et fantomatiques...Point final

Par Anne-Sophie Lechevallier et Daphné Mongibeaux - Paris Match (13/04/12)

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Published by Michel Liebgott - dans Sidérugie
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