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Dernière Question Ecrite ayant fait l'objet  d'une réponse ministérielle 

Question publiée au JO le : 29/07/2008  page :  6510  

Réponse publiée au JO le : 06/01/2009  page : 131

M. Michel Liebgott attire l'attention de Mme la ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative sur l'institution d'un ordre national des infirmiers. Avec l'entrée en vigueur de la loi du 21 décembre 2006, les personnels infirmiers doivent désormais adhérer à l'ordre national des infirmiers en s'acquittant d'une cotisation. Les infirmiers diplômés d'État exercent selon les règles du Code de la santé publique et selon les règles établies par les conventions collectives. Selon le syndicat CFDT, l'instauration d'une structure ordinale n'apportera que des pressions disciplinaires ou déontologiques supplémentaires. Le faible taux de participation à l'élection à l'ordre infirmier (13,73 %) explique d'ailleurs probablement le mécontentement des infirmiers face à cette loi. Le syndicat réclame donc l'abrogation ou du moins l'aménagement de cette loi : l'obligation d'adhésion et de cotisation pour pouvoir exercer doivent être supprimées. Il demande au Gouvernement de bien vouloir lui faire connaître ses intentions sur ce sujet. 

Instauré par la loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006, l'ordre professionnel des infirmiers groupe obligatoirement tous les infirmiers habilités à exercer leur profession en France, à l'exception de ceux régis par le statut général des militaires. Chargé d'une mission de service public, l'ordre assure la défense et la promotion de toute la profession infirmière quel que soit le mode d'exercice des professionnels. Véritable structure au service de la profession infirmière mais également des usagers, l'ordre dispose d'un champ d'action important. Il étudie notamment les projets ou questions qui lui sont soumises par le ministre chargé de la santé concernant l'exercice de la profession. Il participe également au suivi de la démographie infirmière. Il a en outre, en lien avec la Haute Autorité de santé, un rôle à jouer dans la définition des recommandations ainsi que dans l'évaluation des pratiques professionnelles. Il organise la profession dans le cadre d'une mission de service public que l'État lui a déléguée. Ainsi, les missions confiées à l'ordre national des infirmiers et les règles préexistantes pouvant régir la profession n'ont pas vocation à se chevaucher mais à se compléter afin d'assurer de manière plus cohérente et efficace la promotion et la défense de l'ensemble de la profession infirmière. Une cotisation ordinale fixée annuellement par le Conseil national de l'ordre, obligatoirement versée par chaque personne physique ou morale inscrite au tableau de l'ordre, est prévue afin de permettre à l'ordre d'assumer son fonctionnement et de garantir son indépendance. Cette cotisation est ainsi un préalable indispensable à l'accomplissement effectif des missions confiées à l'ordre. Conscient des craintes liées au montant de la cotisation, le ministère chargé de la santé réfléchit à des solutions dont il conviendra de discuter avec les professionnels afin que, le moment venu, ce montant reste dans des limites raisonnables. 

Intervention de Michel LIEBGOTT lors de la discussion générale
PPL UMP/Travail Dominical

Mardi 07 Juillet 2009

M. le président.
La parole est à M. Michel Liebgott.

M. Michel Liebgott. Mes chers collègues, il y avait tout à l’heure un ancien et un nouveau ministre, et nous n’étions pas forcément dépaysés. Je fais référence à des déclarations faites il y a un certain temps par M. Xavier Bertrand, qui préconisait que les crèches soient ouvertes sept jours sur sept.

Monsieur le ministre, je ne peux pas ne pas faire le rapprochement avec la loi que vous souhaitiez nous voir adopter sur le service minimum à l’école. En réalité, nous en revenons toujours à peu près au même problème. Il faut que les gens puissent travailler à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, quelles que soient les conditions dans lesquelles ils travaillent, et la société, autrement dit le contribuable, doit s’adapter.

En tant que frontalier, je peux confirmer ici que, heureusement pour nous, en Lorraine, nombre de frontaliers travaillent au Luxembourg. Les conditions de travail n’y sont pas toujours extraordinaires. Les gens sont obligés de travailler la nuit, ils partent très tôt le matin et les enfants partent seuls à l’école. Le soir, en cas d’horaires inversés, lorsque les enfants reviennent, les parents ne sont pas disponibles.

En imposant, et notamment le travail du dimanche, vous supprimez le seul jour où, parfois, parents et enfants peuvent se rencontrer. C’est notamment le cas des familles monoparentales. Je rappelle que 75 000 personnes travaillent au Luxembourg. Or il n’y a pas que des cadres parmi elles, et les personnes les plus défavorisées, aujourd’hui, n’ont pas d’autre solution que d’y travailler et de se débrouiller comme elles le peuvent pour survivre et s’occuper de leurs enfants. Il ne faut donc pas plus s’étonner que 85 % des Français soient pour le maintien du repos dominical, a fortiori dans des secteurs où ceux qui cherchent un emploi sont contraints de travailler dans les pires conditions.

En tant que Mosellan, je soutiens Armand Jung qui a été assez complet sur le sujet. Cela étant, je souhaite corriger les déclarations que vous avez faites, monsieur le ministre. Vous avez indiqué que l’exception dont bénéficie notre région pouvait être justifiée, notamment en matière d’usage religieux, parce qu’il y avait une pression plus forte en Alsace-Moselle que sur le reste du territoire. Mais ce n’est pas spécifiquement un problème religieux. Certes, on peut estimer que les gens ont le droit de pratiquer leur culte le dimanche. C’est tout à fait respectable. Or s’ils travaillent, ils ne pourront pas le faire. Cela étant, si nous nous battons tant pour la législation d’Alsace et de Moselle, c’est parce qu’elle présente des avantages, des progrès que l’on ne retrouve pas dans la législation française nationale.

Plutôt que de déréguler ou de réduire les avantages des législations locales – jusqu’à les supprimer –, nous souhaiterions qu’elles soient étendues. Les exemples sont nombreux.

Nous avons été adeptes, à une certaine époque, de la mise en œuvre du RMI, remplacé par le RSA avec les difficultés que l’on connaît, qui constituait un incontestable progrès. En Alsace-Moselle, le revenu minimum d’existence existe depuis Bismarck.

M. Jean-Pierre Brard. Pas de nostalgie vis-à-vis de Bismarck, quand même !

M. Michel Liebgott. Il est appliqué dans les collectivités locales où il n’y a donc jamais eu de véritables déshérités. C’est une obligation pour les collectivités que d’aider les plus défavorisés.

De même, Armand Jung l’a rappelé, la faillite personnelle existait chez nous bien avant d’être étendue à l’ensemble du territoire. Le régime local d’assurance maladie est aujourd’hui équilibré, avec des cotisations de 1,6 %. Pourquoi, au lieu de le supprimer, ne pas étendre ce régime ? Si, aujourd’hui, vous avez une coalition des députés d’Alsace et de Moselle, ce n’est pas pour faire reculer le système, mais pour le faire progresser en intégrant les dispositions les plus favorables. C’est une conception de société.

Avec M. Bertrand, vous êtes d’accord sur le fait qu’il faut travailler plus pour gagner plus. Vous oubliez que ce sont en général les plus défavorisés qui font les efforts les plus pour obtenir des gains très faibles. C’est rigoureux en bourse que l’on gagne de l’argent, pas en faisant quelques heures supplémentaires !

Nous sommes plutôt pour le modèle rhénan, c’est-à-dire un vrai modèle de développement qui profite à tous.

M. Jean-Pierre Brard. C’est comme le capitalisme rhénan décrit par Marx, auquel étaient si attachés les sociaux-démocrates avant Bad Godesberg !

M. Michel Liebgott. Aujourd’hui, les Allemands sont opposés au travail le dimanche, contrairement au modèle thatchérien, modèle ultra libéral, qui s’est généralisé et dont vous vous inspirez abondamment.

M. Philippe Plisson. C’est dépassé ! Ce modèle a failli !

M. Michel Liebgott. À ce jour, au Royaume-Uni, 60 % de la population estime qu’il est normal de travailler le dimanche. C’est cela qui est insidieux dans votre proposition de loi. Au-delà du texte, on va se faire à l’idée qu’il faut travailler tous les jours et, pourquoi pas, nuit et jour !

De même que j’ai évoqué ma position de frontalier et de Mosellan, je veux dire un mot de ma position de parlementaire d’une région industrielle. Aujourd’hui, nombre de salariés y travaillent le dimanche. C’est vrai notamment dans la sidérurgie et la métallurgie, pour une raison simple : il n’y a pas d’autre solution, car les équipements doivent continuer à tourner. Lorsqu’il y a obligation, comme pour les services de soins, on ne se pose pas la question. Par conséquent, le travail du dimanche va de soi. Il serait même condamnable, dans ce cas, de ne pas travailler le dimanche, car ce serait de la non-assistance à personne en danger. Il en va de même pour l’industrie, qui ne pourrait être compétitive sans le travail du dimanche.

Mais pourquoi vouloir à tout prix l’étendre à des secteurs où ce n’est pas une obligation ? En l’occurrence, nous ne vous comprenons plus, à moins que vous ne soyez motivés par des raisons purement idéologiques et totalement déconnectées de la réalité, au point d’en devenir ridicules. On va faire travailler des gens le dimanche, ce sera du travail subi ; on va leur faire faire des heures supplémentaires, qu’ils n’auront pas forcément voulues, et l’État paiera pour exonérer ces heures. Dans le même temps, chez le sous-traitant de l’usine sidérurgique, on financera du chômage partiel !

M. Jean Mallot. C’est ridicule !

M. Michel Liebgott. Voilà le système, ridicule, auquel on aboutit : on paie des impôts pour financer à la fois les heures supplémentaires des uns, ceux qui travaillent le dimanche, et le chômage partiel des autres ! Où allons-nous ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Nous sommes dans un système qui n’a plus aucune cohérence, sauf s’il s’agit de rester fidèle à une certaine idéologie, définie au sommet de l’État par le Président de la République, lequel croit, certains gagnant plus en travaillant plus, que cela peut être le cas pour tous ! La plupart essaient seulement de survivre ou de faire vivre une famille.

Par ailleurs, vous êtes toujours dans la logique selon laquelle il suffit que le libéralisme s’impose, sans régulation aucune, pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Comme le disait Guizot : « Enrichissez-vous » ! Mais ce n’est pas si simple.

En tant que frontalier, Mosellan et parlementaire d’une région industrielle, je suis donc opposé à ce dispositif que j’estime ridicule. Enfin, il me paraît incohérent sur le plan éthique, sur le plan de la morale.

Je suis maire, comme sans doute beaucoup d’entre vous, d’une commune où il y a une zone urbaine sensible, et où un certain nombre de jeunes, surtout dans cette période estivale, sont relativement oisifs. Leur activité, la semaine, c’est souvent de se retrouver dans les centres commerciaux. Vous me direz que le dimanche, ils ont déjà la possibilité de se retrouver dans un lieu de restauration rapide : vous voyez à quelle enseigne je fais allusion. Mais, avec votre système, vous allez leur proposer, tout simplement, de passer un jour de plus dans le centre commercial.

M. Nicolas Dupont-Aignan. C’est bien triste ! Voilà le modèle de société qu’on leur propose !

M. Marcel Rogemont. Ça évite de payer des éducateurs !

M. Nicolas Dupont-Aignan. Quelle régression !

M. Michel Liebgott. Voilà ce que c’est, aujourd’hui, la vie d’un jeune dans une ville de dimension moyenne. Je trouve cela lamentable, et ce d’autant plus que nous leur proposons beaucoup d’autres occupations – sportives, associatives, culturelles –, qui en font de vrais citoyens, des citoyens avertis, engagés, des citoyens qui échangent, et qui reviennent à la maison avec des choses à raconter, qui sont porteurs d’une vie sociale, d’une vie familiale, qui se socialisent, d’une certaine manière.

On ne se socialise pas en arpentant à longueur de journée les rayons d’un hypermarché. Car ces rayons, d’un jour à l’autre, ne se modifient pas, si ce n’est par quelques promotions faites pour que le gamin soit amené à consommer un peu plus et à mettre un peu plus dans le pétrin ses parents, lesquels n’en peuvent plus, parce que cela coûte évidemment de l’argent. Aller dans un supermarché, à côté d’un lieu de restauration rapide, cela coûte plus cher que d’aller jouer au foot. On peut éventuellement avoir à payer une licence, ou un équipement, mais souvent les collectivités locales font l’effort nécessaire.

Bref, sur le plan éthique, sur le plan de la morale, vous êtes complètement à côté de vos pompes, indépendamment de tous les autres inconvénients de ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Veuillez nous excuser pour la mauvaise qualité de la bande sonore

Mme la présidente. La parole est à M. Michel Liebgott.

M. Michel Liebgott. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, je me réjouis de constater que l’Assemblée, avant même que soit adoptée cette proposition de loi, a pris acte de l’existence de la loi de modernisation sociale de 2002, dont personne ne conteste plus le principe et qui fait l’unanimité. Je rappelle qu’elle a été adoptée sous le gouvernement Jospin.

M. Jean-Frédéric Poisson. Ça nous avait échappé ! (Sourires.)

M. Michel Liebgott. Cela dit, après les premières interventions que nous venons d’entendre, je ne voudrais pas sombrer dans un optimisme béat, car je ne crois pas que les réticences qui se sont exprimées en commission aient complètement disparu.

Mme Marisol Touraine. C’est vrai !

M. Michel Liebgott. Il est évident, d’autre part, que nous n’allons pas tout régler en supprimant ce que Laurence Parisot avait qualifié – excusez du peu – de « honteux, humiliant, sadique, inacceptable ».

Je me félicite que M. Folliot ait pris cette initiative, et je le lui ai d’ailleurs dit. Mais on peut se demander pourquoi, depuis sept ans, les gouvernements successifs n’ont pas pensé à la prendre eux-mêmes. Ce n’est pas aujourd’hui que ces excès ont été constatés ! En 2005 déjà, le PDG de l’usine alsacienne de bobines électriques SEM-Suhner, avait suscité l’émoi dans la population et chez les salariés : pour autant, le Gouvernement n’avait pas envisagé de dispositions nouvelles, alors même qu’il en a proposé tant d’autres qui, sans doute, paraissaient moins nécessaires, moins utiles et moins éthiques. Les exemples caricaturaux se sont ensuite multipliés. Ainsi, dans le cas de l’entreprise de teinturerie Staf à Hénin-Beaumont, il était précisé que la mutation se faisait dans le groupe avec reprise d’ancienneté, mais les salaires proposés étaient dérisoires – 315 euros brut au Brésil et 230 euros brut en Turquie.

L’exemple de Castres est encore plus provocateur : 69 euros, c’est l’apogée de la caricature. Il fallait réagir et le rapporteur a eu raison de déposer une proposition de loi à laquelle nous souscrivons. Prenons garde, cependant, qu’elle ne soit l’arbre qui cache la forêt. En commission, M. Poisson a rappelé que, en Allemagne, le salaire minimum ne couvre que 54 % des salariés, que les syndicats font campagne pour qu’aucun salaire ne soit inférieur à 750 euros par mois,…

M. Jean-Frédéric Poisson. C’est vrai !

M. Michel Liebgott. …et que le SMIC espagnol tourne autour de 600 euros par mois, contre 1 300 en France. Même si tout cela est vrai, n’en faisons pas un modèle, car, en réalité, les 69 euros sont certes une caricature, mais, demain, on peut proposer 400, 500, 600 ou 700 euros. Après tout, peut-être, en Roumanie ou en Pologne, peut-on vivre avec un tel salaire. Derrière la remarque qu’ont faite certains de nos collègues du groupe UMP, se profile le danger de voir proposer des salaires, peut-être pas aussi caricaturaux que ceux dont on a parlé à Castres, mais également inacceptables. Les quelques réserves que je viens d’entendre à l’instant, dans la bouche de Mme Irles, me confortent dans l’idée qu’il nous faudra rester vigilants.

En avril dernier, l’équipementier automobile rennais Barre Thomas, ex-CF Gomma, a proposé à des techniciens d’aller travailler en Pologne pour 700 euros. Que faire, face à de telles propositions ? Si nous n’avions pas été dans le sens voulu par le rapporteur et par le groupe socialiste, si nous avions suivi ceux de nos collègues de l’UMP qui considéraient qu’il ne fallait pas instituer ces règles, de tels salaires inacceptables pourraient être légitimement proposés.

Naturellement, il faut aller vite ; plutôt que d’ergoter, nous allons donc corriger ce qui n’est rien d’autre qu’un scandale pour l’image de la France et de ses entreprises, mais aussi – vous l’avez dit – une double peine pour les salariés, peine qu’ils ne peuvent ni accepter ni même comprendre. Comment comprendre en effet que dans un État de droit, même en vertu d’un arrêt de la Cour de cassation, le droit aille à l’encontre du salarié et de l’être humain ? En théorie, le droit doit, dans nos sociétés, corriger les injustices et non les creuser. Il était donc temps que nous intervenions.

La loi, comme la langue d’Ésope, peut être la meilleure ou la pire des choses. Ainsi, tout n’a pas été prévu dans la loi de modernisation sociale ; elle envisageait certes tous les efforts de formation, d’adaptation et de reclassement au sein du groupe et prévoyait même la possibilité, avec l’accord du salarié, d’un reclassement à un moindre salaire, mais elle veillait aussi – j’insiste sur ce point – à préserver les possibilités de réembauchage du salarié qui aurait perdu son salaire.

Pour revenir au présent texte, je veux d’abord me réjouir de l’accord obtenu entre la gauche et le rapporteur sur le premier amendement, fruit d’une négociation et, si j’ai bien compris, d’un échange avec les syndicats.

M. Philippe Folliot, rapporteur. Tout à fait !

M. Michel Liebgott. C’est cet accord qui nous permet d’examiner aujourd’hui cette proposition de loi avec bienveillance. Il repose sur le principe d’équivalence de la rémunération – et il faut entendre, par rémunération, l’ensemble du montant pris en compte pour calculer l’allocation chômage ou l’indemnité de licenciement, et non pas simplement le salaire de base.

J’en viens au deuxième point, qui a fait débat en commission et qui, semble-t-il, fait toujours débat, certains n’ayant pas abandonné le combat. En commission, j’ai bien entendu certains élus de l’UMP dire – tout en le regrettant – qu’il faudrait demander au préalable au salarié s’il accepte de recevoir des offres pour des établissements implantés à l’étranger, avec les contraintes administratives et les délais de courrier que cela implique. Mme Irles elle-même vient à l’instant d’émettre quelques réserves à ce propos. Je regrette infiniment la décision de la Cour de cassation d’imposer à l’employeur de ne pas se contenter de publier les offres, mais aussi de les adresser aux salariés. Je ne veux naturellement pas verser dans la caricature, opposer les « méchants patrons » aux « gentils salariés » – ni le contraire. Il existe cependant un rapport de forces favorable, par nature, à l’entrepreneur et à l’entreprise face au salarié. Il nous appartient donc – comme il devrait appartenir à la jurisprudence – de défendre ceux qui sont en position d’infériorité.

Dès lors, il faut effectuer une vraie recherche des postes disponibles, et non se contenter de lettres circulaires et générales que personne ne remarque et qui, en tout cas, ne seront que de peu d’effet en cette période où les salariés se trouvent dans un état de détresse psychologique considérable. Souvent, ils ne sont pas prêts à rebondir : songez comme il est difficile de constater que l’on va perdre son emploi, qu’il faudra en trouver un autre et s’y adapter ! Mettons donc toutes les chances du côté du salarié. C’est d’ailleurs le message que le Conseil d’État a tenté de faire passer à maintes reprises ; hélas, certains l’ont indiqué, la Cour de cassation ne partageait pas cette position.

Heureusement, avec le rapporteur et même, il est vrai, avec certains élus de la majorité qui nous ont rejoints, nous avons tenu ! J’en profite pour rendre hommage au président Méhaignerie, qui a pris position comme il le fallait.

M. Jean Mallot. Ça lui arrive !

M. Michel Liebgott. Certains élus du groupe UMP se disaient défavorables à cet amendement – dont, s’ils avaient eu gain de cause, nous ne serions plus en train de discuter – mais invitaient à juste titre le rapporteur à le redéposer ultérieurement. Quand ?

M. Jean Mallot. M. Poisson était contre !

M. Michel Liebgott. Dans sa sagesse, le président Méhaignerie a proposé que nous l’adoptions afin d’engager le débat avec le Gouvernement en séance publique.

M. Francis Vercamer. Quelle sagesse !

M. Michel Liebgott. Je l’ai dit en commission : pour une fois que nous avons la main, gardons-la ! Autrement, les propositions de loi n’auraient plus de sens. S’il fallait que le Gouvernement donne son accord à chaque fois qu’une proposition de loi – même si elle donne lieu à quelques contacts préalables – est déposée, le sens même de la démocratie parlementaire disparaîtrait !

M. Jean-Frédéric Poisson. Alors qu’en l’occurrence, ce n’est pas le cas ?

M. Michel Liebgott. Je l’ignore. Je constate toutefois qu’il a fallu batailler en commission pour adopter cet amendement, voilà l’essentiel.

M. Jean-Frédéric Poisson. Une commission, c’est fait pour débattre !

M. Michel Liebgott. Pourtant, depuis lundi, plusieurs nouvelles questions se posent car, entre la situation catastrophique, telle que nous l’avons décrite, que vivent de nombreux salariés, et le discours du Président de la République, vous conviendrez qu’il y a un gouffre ! Je me demande comment le Président de la République et le Gouvernement, chargé de mettre en œuvre les orientations qu’il arrête, vont le combler. Qu’a donc dit le Président de la République, qui est allé bien plus loin que nous aujourd’hui ? Il a fait la proposition suivante, rien de moins : « Tout licencié économique, je dis bien tout licencié économique, doit pouvoir garder son salaire et recevoir une formation pendant un an ». La proposition doit être soumise aux partenaires sociaux, afin qu’ils prennent des mesures massives d’extension du contrat de transition professionnelle. C’est très bien, mais – je le dis au rapporteur et à l’ensemble des collègues ici présents – il serait logique que le salarié reclassé avant la mise en œuvre du plan social bénéficie d’une rémunération équivalente. Je demande donc par anticipation l’application de la proposition du Président de la République dans le cadre du présent texte. Chiche !

M. Jean Mallot. Oui, chiche !

M. Michel Liebgott. Peut-être le ministre nous donnera-t-il satisfaction tout à l’heure, mais ne rêvons pas ! Les ouvriers de Gandrange – je peux en témoigner, car il s’agit de ma circonscription – attendent toujours la venue du Président de la République... D’autres, moins engagés à nos côtés – je pense au président de l’UNEDIC –, ont parlé de « reclassement de luxe », avec 17 500 euros par allocataire. Or, vous savez que le contrat de transition professionnelle concerne aujourd’hui 3 500 personnes. S’il concernait l’ensemble des 270 000 licenciés économiques, il coûterait 5 milliards !

Nous vous proposons donc de supprimer la mesure relative aux heures supplémentaires prise dans la loi TEPA, qui, à plus de 4 milliards, coûte presque autant, pour pouvoir respecter l’engagement du Président de la République.

M. Jean-Frédéric Poisson. Cela faisait longtemps !

M. Michel Liebgott. Si vous ne le faites pas, à quoi sert-il que le Président de la République vienne annoncer à Versailles la protection pendant un an des salariés licenciés, qui constitue une mesure phare ?

M. Jean Mallot. C’est vrai !

M. Michel Liebgott. Puisque nous débattons aujourd’hui d’un texte fondamental pour la dignité des salariés, allons plus loin encore dans le sens de leur protection et de la « flexisécurité » que certains vantent.

Cela étant, restons attentifs. Si nous sommes sur le point de faire aujourd’hui un grand pas dans un domaine précis, je vous mets en garde : nous stagnerons sur le reste. Le secrétaire général adjoint de la CFDT, Marcel Grignard, l’a dit, en réaction à l’intervention du Président de la République : certains auront tout, d’autres n’auront rien. Voilà le fond du problème ! Aujourd’hui, nous supprimons peut-être une injustice considérable, dramatique, inacceptable dans nos démocraties, mais nous ne règlerons pas le problème de ces centaines de milliers de chômeurs à venir, auxquels le contrat de transition professionnelle offrira peut-être une solution. Encore faut-il préciser comment il sera financé. Nous vous proposons donc de le financer en supprimant l’exonération des heures supplémentaires, dont l’objectif n’est pas de reclasser des licenciés économiques, mais de donner du travail à ceux qui en ont déjà,…

M. Jean Mallot. Voilà !

M. Michel Liebgott.… et ce au prix d’une aggravation du déficit des finances publiques. Or, dans son discours, le Président de la République a fait état de la préoccupation que représente l’aggravation du déficit. Pour atténuer cette préoccupation, revenez donc sur une mesure qui paraît non seulement injuste, inadaptée à l’air du temps et à la situation économique, mais aussi presque provocatrice à l’égard des licenciés économiques qui, eux, cherchent simplement du travail – et non à travailler davantage.

J’ajoute qu’à toujours vouloir travailler un peu plus par le biais des heures supplémentaires, on risque une dérive consistant à légitimer ces bas salaires – sans doute pas ceux de 69 euros, mais les salaires de 800 à 1 000 euros pour un temps partiel, que j’évoquais. Au fond, les propositions du Gouvernement, cumulées, ont une cohérence : au RSA s’ajoutent un petit boulot à temps partiel et les heures supplémentaires – voilà qui peut constituer un petit SMIC ou presque, qui, pourtant, coûte très cher et n’arrange que les entreprises.

Il était essentiel de lever tous les obstacles juridiques, tant pour l’entreprise que pour les salariés, afin que ces situations ne se reproduisent pas. C’est le premier motif pour lequel nous sommes favorables au texte.

Notre deuxième motif d’approbation est d’ordre éthique : la morale commandait l’adoption de ce texte – je n’y reviens pas – d’autant plus que certaines des entreprises concernées ont touché des fonds publics parce qu’elles avaient créé des emplois. La situation était donc profondément immorale.

Enfin, au-delà de ce que nous ferons aujourd’hui, il nous faut tendre vers une harmonisation sociale des salaires en Europe – harmonisation vers le haut, monsieur Poisson. En effet, si nous ne pouvons pas promettre le paradis tout de suite, nous devons prendre conscience qu’il existe aujourd’hui un véritable problème social dans l’Europe où nous vivons – problème que nous devons régler dans l’intérêt économique de la construction européenne. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales
Mercredi 10 juin 2009

M. Michel Liebgott.
Cette proposition de loi est bienvenue, autant d’un point de vue éthique que parce qu’il faut trouver des solutions juridiques. Et je me félicite qu’elle conduise à reconnaître aujourd’hui l’utilité et l’intelligence de la loi de modernisation sociale.

Elle fait aussi apparaître la nécessité d’une harmonisation sociale par le haut au niveau européen : c’est ce manque d’harmonisation qui est à l’origine des difficultés que nous connaissons aujourd’hui, même si elles sont plus le fait des juridictions que de la loi.

Il existe bien d’autres exemples que ceux que vous avez cités, monsieur le rapporteur. ArcelorMittal peut ainsi proposer des postes au Luxembourg, qui seront sans doute satisfaisants pour les salariés, mais aussi au Kazakhstan, avec un salaire de 300 euros par mois ! Et à Schirmeck, une entreprise a bel et bien proposé à ses salariés de travailler en Roumanie pour 110 euros !

Au-delà de ce texte, il faut donc réfléchir sur l’avenir du droit social en Europe. Dans la période de ralentissement économique que nous connaissons, l’arrêt de notre économie risque de provoquer des transferts de compétences et de savoir-faire et peut-être même des déménagements de matériel qui vont permettre aux grandes entreprises mondialisées de reconstituer des usines là où les coûts salariaux sont les plus bas. La crise conjoncturelle va donc causer des changements structurels. Si l’on n’accélère pas le processus d’harmonisation, les pays les plus développés vont voir disparaître les industries d’excellence qui faisaient leur richesse.

Je comprends bien que la situation actuelle découle de l’arrêt du Conseil d’État de 2004 qui précise que l’ensemble des entités du groupe doivent être prises en compte. En revanche, je crois moins que vous au caractère systématiquement vertueux des chefs d’entreprise : certains sont victimes de l’état du droit, mais d’autres savent l’utiliser au mieux pour leurs actionnaires, aux dépens des salariés. Nous avons là un rôle important à jouer, ainsi que d’autres institutions, en particulier européennes.

Sur le principe, nous sommes donc favorables à ce texte, sous réserve de vérifier qu’il permette véritablement aux salariés d’obtenir un salaire équivalent – ou, sous réserve de leur accord, un salaire inférieur – mais encore faut-il clairement définir de combien.

La Commission passe ensuite à l’examen de l’article unique.

Article unique

La Commission examine deux amendements identiques, AC 4 de M. le rapporteur et AC 1 de M. Michel Liebgott.

M. Michel Liebgott. L’ensemble des éléments de rémunération étant pris en compte pour le calcul de l’allocation chômage et de l’indemnité de licenciement, ils doivent l’être également pour le reclassement des salariés.

La Commission adopte les amendements AC 1 et AC 4.

Puis elle examine l’amendement AC 2 de M. Michel Liebgott.

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