Justice

maillet.jpgLettre adressée à Madame le Garde de Sceaux le 24/03/2010
Madame le Garde des Sceaux,
Mon attention a été très récemment attirée par le bâtonnier de l’ordre des avocats à la Cour d’Appel de Metz, sur les conséquences de deux décrets datés d’octobre et de novembre 2009 portant sur la réorganisation et la spécialisation des juridictions.
La contestation de la nationalité, des pratiques restrictives de concurrence, des obligations de publicité et de la mise en œuvre des contrats de droit privé relevant de la commande publique, jusqu’à présent du ressort des cours d’appel de Besançon, Colmar, Dijon, Metz et Nancy, seraient désormais, selon les termes de ces deux décrets, de la compétence exclusive du Tribunal de Grande Instance et du Tribunal de Commerce de Nancy.
Outre le fait que l’agglomération messine, et la Moselle en général, soient de nouveau touchés par la suppression de services à l’endroit de nos administrés et justiciables, je vois dans cette décision la continuité de la réforme de la carte judiciaire, initiée dès 2007 par  Madame Rachida DATI et que j’avais alors dénoncée. Elle éloigne plus encore les justiciables du service public de la justice. Cette décision est d’autant plus préjudiciable que dans le département de la Moselle et en Alsace un droit local est appliqué. Cela implique une connaissance spécifique des textes en vigueur, ce qui est le cas des chambres d’Alsace-Moselle.
Par ailleurs, le contentieux du déséquilibre dans les obligations commerciales contractuelles, celui des conditions de passation des contrats de droit privé ou encore des contrats de vie, représente un volume d’activité important des chambres commerciales des TGI en Alsace-Moselle. Leur concentration sur les seuls tribunaux de Nancy, va nécessairement réduire le nombre de dossiers traités, notamment celui de la Cour d’Appel de Metz, ce qui inquiète légitimement l’ordre des avocats en particulier et le monde judiciaire en général. Ils y voient la première pierre et la justification d’une réforme plus drastique encore.
En conséquence, dans l’intérêt du justiciable mosellan notamment, je crois nécessaire de surseoir à l’application des deux décrets sus évoqués.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Madame le Garde des Sceaux, en l’expression de ma très haute considération.
Michel LIEBGOTT
Député de Moselle


Républicain Lorrain - 08/07/09

Par un courrier daté du 17 octobre dernier, j'avais interpellé Madame le Garde des Sceaux, Rachida DATI, pour lui faire part de ma plus vive inquiétude concernant la série de drames qui avaient eu lieu dans la maison d'arrêt de Metz Queuleu. Tout particulièrement choqué par le suicide d'un adolescent de seulement 16 ans, j'ai demandé à Madame le Ministre de la Justice de reconsidérer totalement la politique de détention des mineurs, de donner des moyens à la justice et au milieu carcéral, pour que de tels drames ne puissent plus avoir lieu.

Pour lire la lettre adressée à Madame le Garde des Sceaux, cliquez sur le lien suivant:

Lettre-de-Michel-LIEBGOTT---Rachida-DATI.pdf Lettre-de-Michel-LIEBGOTT---Rachida-DATI.pdf 


Pour lire sa réponse, cliquez sur le lien suivant:

r-ponse-de-rachida-dati-metz-queuleu.pdf Réponse-de-Rachida-dati-metz-queuleu.pdf 

 
Michel LIEBGOTT

C'est une vraie déception. L’action de groupe a été promise aux Français par le Président Chirac en Janvier 2005. Elle serait une adaptation hexagonale de la « class action » américaine et de divers systèmes d’actions collectives existant aussi en Europe. On se souvient que le MEDEF avait immédiatement réagi en expliquant ses craintes, relayé par Nicolas Sarkozy qui n’apparaissait guère enthousiaste. Une première rédaction avait été apportée dans un projet de loi du Gouvernement Villepin en novembre 2006, qui avait été retiré de l’ordre du jour. Elle était très insuffisante. Le 22 novembre 2007, lors de la discussion du projet de loi pour la concurrence au bénéfice des consommateurs, Luc Chatel, lui-même à l’initiative d’une proposition de loi « visant à instaurer les recours collectifs des consommateurs » (en avril 2006) a pris date: « Comme je vous l’ai indiqué, j’adresserai mes propositions au Premier ministre et à Mme la ministre de l’économie et des finances avant la fin de l’année, de manière à pouvoir les soumettre au Parlement à l’occasion de l’examen du projet de loi sur la modernisation de l’économie. Ce calendrier permet aussi de tenir compte des concertations engagées à l’échelle européenne : j’ai eu un long entretien sur ce sujet avec Mme Magdalena Kuneva, commissaire européenne chargée de la consommation, et une réunion des ministres européens responsables de la consommation a été récemment organisée au Portugal. Je suis en effet convaincu que les États membres de l’Union doivent coordonner leurs efforts afin de définir un modèle européen de recours collectif pour les consommateurs. C’est pourquoi, mesdames et messieurs les députés, le Gouvernement abordera ce sujet dans le cadre du projet de loi sur la modernisation de l’économie ; il propose à leurs auteurs de retirer ces amendements, faute de quoi il donnera un avis défavorable. » La lecture du projet de loi de modernisation de l’économie a été très décevante à cet égard: elle n'a rien proposé sur l’action de groupe. Celle-ci devait, d’après la rumeur, être remise à plus tard car nécessitant de nouvelles études. Cela malgré l’adoption par la majorité de la Commission des affaires économiques d’un amendement proposé par le rapporteur Jean Paul Charié (différent d’ailleurs de ce que proposait Luc Chatel en 2006), ce qui avait entraîné le rejet d'un amendement socialiste, d'un amendement communiste et d'un amendement du Nouveau centre portant sur le même objet. La rumeur s'est confirmée lors de l'examen du texte en séance. Nous avons à nouveau assisté à une volte-face du gouvernement et de sa majorité, reniant ainsi la parole donnée. La réforme portant création de l’action de groupe pourrait être discutée à la rentrée dans le cadre de la loi sur la dépénalisation du droit des affaires que préparent les ministères de la Justice et de l’Economie.

Question écrite publiée 20/05/2008:
M. Michel Liebgott attire l'attention de Mme la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi sur la nécessité d'introduire «l'action de groupe» en droit français. Intégrer dans le droit français l'action de groupe, ou "class action" chez les anglo-saxons, permettrait à un groupe de citoyens ayant subi un préjudice similaire de la part d'une même entreprise d'être indemnisé en un seul procès. Dans le domaine des nouvelles technologies (téléphonie mobile, accès Internet, vente de logiciels liés aux ordinateurs), du logement (pratiques des agences immobilières, des syndics de copropriété), des services financiers (frais bancaires inclus, défaut de conseil) ou des produits défectueux, les exemples sont nombreux où la possibilité d'une action de groupe contribuerait à assainir les pratiques des professionnels les moins respectueux du droit. Une nouvelle consultation a été annoncée par le Gouvernement après le retrait de l'ordre du jour en février dernier du texte préparé, afin d'harmoniser la réflexion française avec les pratiques étrangères en la matière. La CLCV et l'UFC-Que choisir se sont largement investies dans ce dossier, fortes d'une saisine très importante de leurs adhérents sur ces sujets. Pourtant, malgré leur action résolue, en dépit d'escroqueries qui ne cessent de croître, aucun texte n'a encore pu être discuté au Parlement. Il souhaiterait savoir si un calendrier de travail a été élaboré par le Gouvernement à propos de l'action de groupe, et quand le nouveau texte serait susceptible de venir en discussion devant le Parlement.

Réponse du Gouvernement (17/06/08):
Le précédent gouvernement avait introduit dans le projet de loi en faveur des consommateurs, présenté en conseil des ministres le 8 novembre 2006, des dispositions modifiant le code de la consommation et offrant une nouvelle possibilité d'action en justice, dénommée action de groupe, en complément des différentes actions déjà ouvertes aux associations de consommateurs. Inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale pour un examen en première lecture du 6 au 8 février 2007, ce texte a finalement été retiré. Le délai qui restait jusqu'à la fin de la précédente législature n'aurait en effet pas permis de mener un débat serein et éclairé. Ce sujet reste pleinement d'actualité puisque le Président de la République a demandé au Gouvernement d'inclure dans un prochain projet de loi des dispositions créant une « action de groupe à la française ». Par ailleurs, le rapport sur la dépénalisation de la vie des affaires remis récemment à la garde des sceaux par le président Coulon préconise très clairement l'introduction en droit français d'une procédure de cette nature. Le contenu de ce projet est actuellement à l'étude. La réflexion en cours devrait permettre l'élaboration d'un texte équilibré, efficient, respectueux des principes fondamentaux de notre droit, et permettant d'éviter les abus et dérives constatés avec d'autres dispositifs en vigueur à l'étranger, notamment outre-Atlantique.




metz-justice.jpg Madame le Garde des Sceaux,

Permettez-moi d’abord de regretter derechef votre non-réponse à deux de mes courriers (juin et octobre 2007) ayant traits à la réforme de la carte judiciaire en Lorraine. Vous vouliez faire de la concertation un préalable à cette réforme, je crois malheureusement que l’objectif n’est pas atteint. Sur le terrain, notamment à Hayange, commune située dans ma circonscription électorale où vous avez décidé de supprimer le Tribunal d’Instance, je ne peux que confirmer l’unanime mauvaise appréciation de cette refonte, tant sur le fond que sur la forme.

Autre sujet qui me préoccupe, la création de la Juridiction Interrégionale Spécialisée (JIRS) de l’Est, dont vous avez annoncé qu’elle serait installée à Nancy, le 15 octobre dernier à Dijon, lors de votre tour de France. Comme le bâtonnier de l’Ordre à la Cour d’Appel de Metz qui m’a très récemment interpellé à cet égard, je ne comprends pas qu’une telle décision soit prise avec autant de célérité, sans étude d’impacts, sans concertation préalable.
De surcroît, il me semble inopportun de surcharger une seule juridiction, en l’espèce celle de Nancy, quand bien même elle serait dotée de nouveaux magistrats spécialisés, alors que les contentieux de l’adoption internationale, de droit de la presse, de la nationalité, des catastrophes en matière de transports et de l’indemnisation des maladies de l’amiante pourraient être traités dans les Tribunaux de Grande Instance où siège la Cour d’Appel dans chacun des départements.

En tant que Député de Moselle, je crois utile de rappeler que ce département est particulièrement concerné par les compétences qui seraient dévolues à la JIRS. En effet, ce département, avec plus d’un million d’habitants, est de loin le plus peuplé de la région, il représente à lui seul plus de 45% de sa population. Il est aussi le plus exposé aux risques de la circulation par la densité de son réseau de transport fluvial, ferroviaire et routier. De même, sa situation transfrontalière en fait un espace de migrations pendulaires importantes et qui ne cessent de croître.

C’est pourquoi, je vous serais extrêmement reconnaissant de bien vouloir reconsidérer cette mesure de votre réforme de la carte judiciaire, qui après avoir sacrifié la justice de proximité instaurerait à présent une justice à deux vitesses entre les TGI des Cours d’Appel dotés ou non d’une JIRS.    

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Madame la Garde des Sceaux, en l’expression de ma très haute considération.

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